Déporté on me nomme, déraciné, sans culture, un bounty, un vendu, un négro mal blanchi, on me nomme bien ainsi. On me parle d'Afrique, de l'Eden, de ses plaines, zwalili, bambara, du wolof, bois d'ébène. Mythique Afrique, tes zulus, tes boubous, tes mandingues, tes nubiennes.... Milles tropiques, une danseuse bamilère me chuchote des mystères des secrets qui se terrent. Belle Afrique: Mythique, Unique, utopique terre qui toujours erre dans ma tete, extatique.
Laisse-moi parler de mon Afrique, te raconter tout mon tropique, mes croyances, mon créole,nos anses,pois digol;
Y'a tant d'odeurs, un royaume de senteurs,... vanille, coco, goyave, papaye... Maracudja, mango*, hibiscus et cannelle... le piment, les embruns et l'odeur de la pluie: Comme j'aime cette odeur de la terre alourdie, humide et moite quand survient l'onde du ciel.
Dans mon âme, je décèle des parcelles qui m'enchainent à ma terre, ma culture, mon créole fait des siennes: "kimbé rèd, pa moli... ni jodi, ni démin! Ame en mwen ka couri en savann bois joli. Ma grand mère nous prépare un dombré bien pétri."
Mon Afrique sous le vent, est une île loin de tout, loin d'Ethiopie, du Mali,du Sénégal, du Soudan. C'est une terre d'alizées, encerclée par la mer, le sang de mes ancêtres coule encore dans sa chair. Mon île vous invite en été, en hiver...automne, printemps karukéra, la Fière: " Mon Afrique est bien là, pas là-bas, bien ici près des sources Matouba, elle se berce au doux son du gwo ka. Gwadada, je t'aime tant quoiqu'en dise Afrique, mes racines commencent là dans ce navire en partance. Dans les chaînes, dans les cris: le début de l'errance."
Je suis nègre, en effet et je suis fière de ce fait: " Mwen pa jin oublié que mon ancêtre fut enchainé et qu'il s'est échappé, nèg marron, libéré..."
On me parle de l'Afrique, de ces lions, de ces choses qui me sont étrangères et qu'en moi je ne ressens. Non, la mienne n'est pas là... pas là-bas, cher cousin: "En regardant le ciel je rêve de revoir Le Moule, Saint François, Sainte Anne, La pointe noire, Marie Galante, Grand Bourg et ton rhum je veux boire .
Ecoute, ecoute les chants des Antilles, de mon île, ma patrie, il n'y a point de doute: ma Couleur vient d'ici. Accepte donc mon afrique loin de tout: de tes zulus, de tes plaines, du wolof, de l'Eden. Sans faux paraître, entière, elle endosse le costume des champs de canne, mon histoire, de l'esclavage aussi.
Mon Afrique, Mon Antille, mon tropique, ma patrie tu respectes l'Afrique, tes racines, ta chère mère. Mais mon coeur est en toi: dans tes rivières... dans ta terre."
Oh comme je la connais cette Afrique là, celle dont tu dis que tu es loin... Celle de la pluie et des rues qui se transforment en cascades, celle des toits en tole ondulée qui a eux seuls forment un orchestre quand cette même pluie tombe... Celle des couleurs chatoyantes des marchés et des rires tunitruents qui ne m'ont jamais quitté... Celle qui a bercé et protégé mon adolecence...Je l'aime tant et elle me manque mais je n'ai pas le droit de l'aimer et de dire que je la connais, parce que je suis blanche, une sale toubab forcément néocolonialiste....A travers les hommes noirs que j'aime je crois que c'est simplement elle que je cherche à chaque fois...